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dimanche 18 juin 2017

Plumes inventives

Plumes inventives

Danseuse écrivant (détail)

Pierre Carrier-Belleuse, vers 1890, collection privée



   

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Si vous aimez la poésie amoureuse


En librairie et sur le net dès le 1ier septembre 2016.

Edition Flammarion, collection Étonnants Classiques,

Auteur Céline Roumégoux. 




mercredi 12 octobre 2016

Esolune



La légende d’Esolune

C’était pendant la douceur d’une nuit étoilée. 



En ce temps-là, seules les étoiles brillaient dans la nuit. Il y a de cela bien longtemps, bien avant toute mémoire humaine. Sur la planète bleue, les esprits de la nature régnaient. Et la nuit était leur royaume. Depuis, on leur a donné des noms : fées, elfes, ondines, salamandre … Mais ils n’avaient nul besoin de noms pour se comprendre. Chacun avait son domaine : l’eau, la terre, l’air et le feu.

Cette fameuse nuit, on célébrait les noces mystiques d’un sylphe et d’une sylphide, génies de l’air. Tous étaient de la fête. On s’amusait à compter les étoiles pour prédire la descendance du couple aérien. Les fées, selon leur habitude, distribuaient des dons aux jeunes époux. La sylphide reçut celui de l’imagination et son mari, celui de la réalisation. Bien sûr, les jeunes mariés voulurent tout de suite essayer cette magie. Comme tous leurs amis étaient réunis en leur honneur, ils décidèrent de concevoir et de créer un prodige bénéfique pour tous.

- Que vous manque-t-il ? demanda la jeune mariée.
- Nous avons tout déjà ! répondirent les petits esprits de l’eau et de la terre. Nous avons bien œuvré pour embellir la nature. Nous avons aidé à tracer les rivières, à élever les montagnes, à répartir les mers, à faire pousser les forêts et les prairies.
- Nous, nous avons caché notre feu dans les volcans, précisèrent les esprits du feu.
- Et nous, nous avons agité le vent et déplacé les nuages, ajoutèrent les esprits de l’air.

Que désirer de plus, en effet, sur cette terre pure et vierge où tous s’ingéniaient à l’harmonie ?
- Moi, je trouve que la nuit est bien noire et que les étoiles sont bien loin et si petites, osa dire une elfe adolescente.
- Oh, c’est vrai, répondit une salamandre, c’est pourquoi, parfois, nous laissons jaillir le feu de nos volcans la nuit pour l’illuminer un peu.
- Ce qui serait bien, ce serait d’ajouter un luminaire au ciel, un bien gros et plus près de nous, suggéra un lutin.
-  Ne pensez-vous pas que cela serait gênant ? Nous serions toujours éclairés, remarqua une ondine.
- Pour contenter tout le monde, proposa le jeune époux, nous pourrions faire une lumière variable : elle augmenterait et diminuerait et même s’éteindrait quelque temps pour le repos de tous.
- Dis donc, toi, c’est à moi d’imaginer ! Toi, tu dois réaliser mes plans, c’est bien ce qu’ont dit les fées, non ? s’insurgea en souriant la sylphide.
- D’accord, alors propose donc, ma reine, et j’exécuterai car tes désirs sont des ordres, répliqua malicieusement le sylphe.

Comment imaginer une lumière variable qui puisse plaire à tous. Il fallait qu’elle soit belle, pas trop forte et utile à la nature. La sylphide pensait aussi qu’elle devait être le résultat de l’action de tous ses petits compagnons, leur enfant  commun en quelque sorte.
Alors, elle traça sur le sol avec une branche toute une série de figures. Chacun se penchait pour approuver les formes, les faire modifier. Cela dura une bonne partie de la nuit.
Au matin, tous étaient bien épuisés et rien n’avait été fait.

Dans la journée, la sylphide avait fureté partout en quête d’idées, consulté les petits animaux qui étaient toujours très créatifs. Elle était bien perplexe, désireuse pourtant de bien faire et impatiente de proposer un beau projet. Comme elle était assise, méditative, elle vit briller sur le sol quelque chose de clair, d’opalescent. Elle s’en saisit. C’était parfaitement rond et doux. Tout à côté, d’autres fragments de la même matière, avec des formes étranges : des arcs de cercles de tailles différentes qui croissaient et décroissaient très précisément.
- Qu’est-ce que cela peut-il être ? se demanda-t-elle, c’est sûrement l’œuvre des génies de la terre !
- Pssst ! Pas si vite ! l’interrompit un génie du feu qui passait par là et avait lu dans ses pensées. Nous aussi, nous avons contribué à créer ce que tu contemples, mais avec l’aide de tes frères des airs, de l’eau et de la terre. Vois-tu, nous avons nommé cette pierre « opale céleste » et elle est comme notre enfant à tous ! Elle n’a d’autre fonction que d’embellir notre planète.
- Oh ! Je te remercie pour cette information, dit doucement la fille de l’air, tu viens de me donner une belle idée !



Bien vite, elle courut vers son jeune époux, les mains chargées de ces fragments célestes et lui décrivit son plan …


C’est pourquoi, depuis, on vit dans la nuit, briller au milieu des étoiles, un nouveau luminaire bien rond, diffusant une douce clarté. La pierre céleste avait été transformée en planète satellite de la terre Au fil des nuits, le disque magique croissait et décroissait. Comme il était malicieux et qu’il savait que plus tard les hommes inventeraient les lettres, il s’était amusé à les tromper à l’avance. Quand son croissant était en forme de D, il était en train de croître et quand il affichait un C, il était en phase de décroissance. C’est pour cette raison que les hommes disent que la lune est menteuse ! C’est le nom qu’ils ont donné au luminaire imaginé et créé par le couple de sylphes.

Depuis, en souvenir de cette belle invention, les opales célestes qui ont servi de modèles à l’astre des nuits continuent à fasciner les humains qui les appellent « pierres de lune ». Elles sont dotées de vertus bénéfiques. Elles développent l’intuition et l’imagination, favorisent les rêves prémonitoires. Surtout, elles  sont favorables aux femmes et les aident dans les étapes de leur féminité : puberté, grossesse, ménopause.



Quant à l’astucieuse sylphide qui a enchanté nos nuits, elle est connue désormais sous le nom d’Esolune.

Céline (novembre 2011)

mardi 11 octobre 2016

Le délice d'attendre



Le rendez-vous attendu

C’est quatre heures de l’après-midi. Postée derrière la vitrine de la mercerie-bonneterie, je guette son arrivée.




Les clientes bourdonnent devant les présentoirs de boutons.
- Ceux-ci sont trop ronds, vous n’auriez pas des formes ovales pour la robe que je confectionne, ce serait plus original !
Maman, avec son bon sourire, tire les boîtes des rayonnages, expose des cartons où sont cousus tous les modèles de boutons : des nacrés, des imitations bois, des ronds, des carrés … Et ça cancane, ça ergote, ça arrache des cartons et ça laisse. Oui, j’aurai encore à recoudre ces sacrés boutons ou à les disposer dans des petits sachets transparents par ordre de taille ou de forme ou de couleurs. Je suis préposée aux boutons depuis que je sais ranger les choses. Mais pas question de leur faire des sourires à toutes ces couturières d’occasion ! Ah, non ! A cause de ces « catolles », pas moyen d’avoir maman à moi toute seule !
Il y a du retard, aujourd’hui.
L’avenue est luisante de chaud. Les dauphines klaxonnent gaiement. Les robes d’été toutes bouffantes s’ébrouent sur le trottoir. Cela fait bien une heure que la cliente « ovale » chipote sur les fournitures de sa robe problématique. Finalement, elle demande que maman lui mesure cinquante centimètres de guipure. Impassible et bienveillante, ma mercière préférée s’exécute.
Il est près de cinq heures et toujours rien !
La sonnette stridente retentit quand je passe la porte de la boutique. Sous la « tente » rayée orange et marron, la touffeur est à son comble mais les vitrines sont protégées du rayonnement du soleil. Je m’avance au bord du trottoir et scrute l’avenue.
Le vide !
Je déteste rester ainsi, les bras ballants, devant le magasin. Gérard, le fils du droguiste voisin ne va pas tarder à me repérer et à venir faire les gros bras. Il s’imagine qu’il peut m’épater, ce gros lourdaud !
Maman reconduit sa cliente, ravie de son acquisition d’un demi mètre, fruit de bien des tergiversations.
- Tu vas prendre chaud, ma chérie !
J’ai toujours été sage et obéissante, alors, je rentre.

Ma technique risque de s’émousser : je le vois bien dans les yeux rieurs et indulgents de maman. Il faut que je trouve un prétexte pour rester dans la boutique. Je range donc les boutons, remets le mètre de bois à sa place et surveille discrètement l’extérieur.
- Tu ne prends pas ton goûter ?
Si, bien sûr, je vais le déguster. Des tartines de bon pain, finement beurrées avec des copeaux de chocolat faits au couteau. Un plaisir ! Avec un grand verre de lait. Mais il faut aller à la cave, où le beurre et le lait sont au frais. Et pendant ce temps, je risque de manquer mon rendez-vous !

Ah ! Voilà !

La petite voiture blanche à bras approche. C’est instantané, pavlovien, une montée de salive m’envahit la bouche. Une des vitrines requiert soudain toute mon attention : redresser un présentoir de chapeaux, tapoter une blouse d’été à la poitrine de papier chiffon. Et voilà la dame italienne, courte et ronde, qui trottine derrière sa carriole de bois peinte en blanc, avec sa tonnelle, et ses cornets à une boule bien encastrés les uns dans les autres !




Déjà, la petite voiture dépasse la boutique : pas d’amateurs pour l’arrêter !
Je prends un air désespéré et glisse un regard en coulisse vers maman qui n’a rien perdu de mon manège. Pour rien au monde, je ne réclamerais cette glace à la vanille de mes rêves ! Cela ne se fait pas !
- Veux-tu une glace, ma fille ?
Cette question oratoire fait partie du jeu. Maman me la pose un jour sur deux, car il ne faut pas satisfaire les caprices des enfants tous les jours. C’est ainsi, il faut apprendre à contrôler ses envies.
Maman ouvre son tiroir-caisse et me tend les trente centimes. Je la remercie et, sans courir, je sors pour arrêter mon délice ambulant.

Le goût de cette glace-là ! Vous n’avez pas idée ! Faite maison, avec du vrai lait, pas du tout écrémé, et de la vanille en bâton. Le système de réfrigération est à l’ancienne, avec des pains de glace, la fabrication aussi. Madame Rita prend son temps pour soulever le couvercle de fer et ça fume de froid et elle plonge sa grande cuiller au fond de ce trésor glacé et j’ai les papilles en feu ! Elle applique la masse crémeuse et dorée délicatement dans le cornet et en rajoute une petite dose qu’elle maçonne avec application sur les côtés de la fragile pyramide gourmande.
- Tiens, ma jolie, tu es bien servie !
Je rapporte prestement ma glace mais ne peux réprimer un coup de langue pour éviter une coulure sur le cornet. On ne lèche pas une glace en public quand on est une jeune fille éduquée, ce sont les Jésuites qui me l’ont recommandé à la pension !

Miam … surtout faire durer le plaisir … procéder par petites touches régulières et circulaires, façonner le monument de glace, avaler à doses infimes et croquer le cornet en biscuit jusqu’au fond où se réfugie toujours un petit supplément crémeux.
Quand je serai grande, j’achèterai des tonnes de glace et je n’attendrai plus et je ne demanderai rien à personne !

J’ai été grande et j’ai acheté un litre de glace à la vanille : je n’ai pas pu finir. Ce n’était plus la glace de Rita qui avait le goût de l’enfance, de la petite mercerie et de maman avec son bon sourire.

Céline (juin 2005)

lundi 12 septembre 2016

La Salamandre



La salamandre






Dring…driiing….driiiiing !

- Encore ce téléphone ! Oui ! Allo ?

- …

- Allo !

- …

- Parlez !

- …

Exaspéré, Xavier raccroche. Pour la cinquième fois depuis le début de la soirée. L’appel est en mode secret. Le livre qu’il est en train de dévorer ne fait qu’accroître son malaise. Cet Edouard Brasey qui raconte avec un grand sérieux que les fées existent, ainsi que les elfes, les ondines et autres devas, doit lui avoir envoyé un esprit farceur, un lutin téléphonique !

Tiens, précisément, voilà  qu’il arrive à la deuxième partie du livre : Comment contacter les fées et les esprits de la nature. Xavier cherche si les élémentaux utilisent la communication moderne mais pas un mot là-dessus. « Comment entrer dans la tige d’une plante », « Conversations avec le dieu Pan » ou « Le dauphin est l’avenir de l’homme », mais strictement rien sur le téléphone.



Dring…driing !

- Arrêtez votre manège ou j’appelle la police ! éructe Xavier.

- Dis, mon chou, tu as un problème ? répond la voix suave de Léonore.

- Pardonne-moi, Léo, mais ce soir je suis harcelé par un correspondant anonyme et mutique !

- Veux-tu sortir prendre un verre avec moi ? Cela te changerait les idées, d’accord ?

- Ce serait avec plaisir mais je suis déjà dans mon lit et demain, lever à six heures ! Ce sera pour une autre fois, ma belle. Ne m’en veux pas, je te prie.

- Je n’insiste pas mais je parie que tu es encore en train de bouquiner et que tu préfères la compagnie de tes figures de papier à la mienne ! Je te pardonne, va !



Xavier raccroche, un peu penaud. Refuser de sortir avec la belle Léonore, cela doit s’apparenter à une cure d’ascétisme ou plutôt à une grosse sottise. Et ces excuses minables de petit vieux ! Il hésite à la rappeler. Non, cela ressemblerait à l’esprit d’escalier. « Tant pis pour toi, mon gars, tu es un imbécile. »

« Je vais débrancher ce satané téléphone, je m’accorde encore dix pages de Brasey et dodo. »

Finalement, sa mauvaise conscience fait place à un état de béatitude. « Je suis libre de mes actes et de mes envies ! Personne, même une nymphe comme Léonore ne parvient pas à m’attirer dans ses filets soyeux ! Bien joué, bonhomme ! »

Dring ! Driing ! Driiiing ! Driiiiiiiiiiing !

Xavier contemple la prise débranchée avec stupéfaction.

Dringiiiiiiiiiiiiiiig ! insiste la sonnerie… dans le salon contigu.




Xavier se lève sans chercher à atteindre ses pantoufles, se précipite sur la deuxième prise qu’il arrache avec violence, fonce dans l’entrée pour arrêter son portable et, dans le même élan, neutralise la sonnette de la porte d’entrée. «  Non, mais, qui c’est qui commande ici ? »

Enfin seul ! Mais le lit s’est refroidi et il a les pieds gelés !

Cela tombe bien : « Les esprits du feu ». Tel est le titre de la partie suivante du livre. « S’ils pouvaient me réchauffer en vitesse, ce serait génial ! »

Xavier éprouve, lui semble-t-il, une légère bouffée de chaleur. « Un peu comme ma mère, en pleine ménopause ! » ironise-t-il en lui-même. « Bon, j’éteins et je me calme ».



Xavier se tourne et se retourne, enlève et replace son traversin. « Si ça continue, je mets la télé et je m’endors sur une série US ».

Dring ! Driiiing ! Dringuedriiing !

Ah non ! Là, non ! Il n’y a plus un seul téléphone en marche ici !

Les mains plaquées sur les oreilles, la tête enfouie sous le traversin, Xavier essaie de respirer malgré tout. « Inspirer et expirer à fond, se répète-t-il, faire le vide, détendre ses membres ». Facile à se dire quand une sonnerie aiguë vous vrille les tympans !

- Allo ? essaie-t-il à tout hasard et dans le vide.

- Enfin, tu me réponds ! susurre une voix mélodieuse. Non, n’allume pas, c’est inutile, je suis esprit de feu. Si tu veux de la lumière, je te la donne.

- Vous voulez dire que c’est vous qui faites marcher la sonnerie du téléphone, branché ou débranché ?

- Rien de plus facile pour nous, vos petits appareils frustes !

- Pourquoi ? Mais pourquoi faire sonner et ne rien dire ? C’est idiot comme système !

- C’est destiné à te mettre en alerte.

- C’est réussi et maintenant je suis en train de devenir fou !

- Non, Xavier, c’est le contraire. Tu as atteint un haut degré de sensibilité.

- Des clous, oui ! Je suis victime d’acousmie et de Brasey ! Mais je suis un homme libre et sain d’esprit, très fatigué. Là, voilà, c’est ça. Je vais me taire et compter les moutons…

- Tu as tort, mon cher, tu as tort…

Xavier, délivré du bruit, fait l’homme de Vitruve au milieu de son matelas, les yeux grand ouverts dans le noir.

« Je m’en nourris et je l’éteins »

- Mais qu’est-ce que c’est que ça, encore !


La devise en lettres de feu s’étale sur le mur de la chambre. Xavier se frotte les yeux, les ferme et les entrouvre avec méfiance. En dessous de la phrase, une curieuse forme se tord, se contorsionne à une allure effrénée … dans des flammes !


La salamandre sur fond de flammes, symbole royal de François 1er, orne une cheminée du château de Blois


« Des visions à présent ! Jamais plus je n’ouvre un ouvrage qui traite de magie. Cela m’enflamme l’esprit, c’est le cas de le dire… »

Xavier rabat violemment sa couette sur son visage et décide de ne plus bouger.


C’est alors qu’une douce chaleur l’enveloppe et qu’un contact subtil l’effleure. Il visualise intérieurement des personnages aux couvre-chefs emplumés, à culottes bouffantes et pourpoints de brocard. Des châteaux aussi, magnifiques, et des peintres, des orfèvres, des sculpteurs. « Quel méli- mélo ! Tout cela est d’une incohérence ! »

- Au contraire, murmure une voix douce à son oreille, au contraire, Xavier, tout se tient…

- Ah oui ? Le téléphone, une voix qui résonne toute seule dans ma chambre, des hologrammes sur le mur, des visions de la Renaissance et cette chaleur suspecte ! C’est terriblement normal ! Je vois d’ici la réaction de Léonore si je lui raconte tout ça…

- Léonore ? Parlons d’elle si tu veux bien.

- Pas question !

- Alors, découvre ton visage et regarde.

Xavier aventure un œil puis se dresse sur son séant : le visage de Léonore lui sourit, grandeur nature, à la place de la bête du feu et au-dessous de la drôle de devise.

« Je deviens complètement cinglé sans avoir rien bu ni fumé, c’est très très grave ! »

- Ne m’as-tu pas reconnue ? Je ne suis pas un spectre, seulement Léonore ! Tu vois, il y a plusieurs façons de passer ensemble la soirée.

- Peux-tu me dire à quoi rime cette mascarade ? balbutie Xavier en pressant l’interrupteur.

La chambre envahie par la fée électricité a un air outrageusement banal et vide.


Xavier se lève et fouille l’armoire à pharmacie. Un somnifère léger, un verre d’eau et une veilleuse et l’affaire s’achève.

« Je nourris [le bon feu] et j'éteins [le mauvais] » ou en latin "nutrisco et extinguo" : on parle de moi, là ? C’est une menace ou quoi ? Je n’ai pas pu inventer une phrase pareille ! » Plus Xavier y pense, plus il se dit qu’il a déjà vu cette devise quelque part, dans un de ses livres, à coup sûr, ou au cinéma. Les hommes emplumés en barboteuses de soie, mais oui c’est ça, mais c’est bien sûr. Il faut vérifier d’urgence.


Il se précipite vers sa bibliothèque et saisit sans hésiter un ouvrage d’héraldique. « Qu’est-ce que je te disais, ce sont les armoiries de François 1ier ! »

La salamandre se déploie sous la devise !

Mais quel rapport avec Léonore ? Sa chevelure flamboyante, sans doute et son coup de fil : des associations d’idées, rien que des associations d’idées. Un peu fumeuses…




Il repense à ce que raconte Brasey : « Chez les Anciens, ces êtres prenaient la forme de petits tritons qui vivaient dans le feu et s’en nourrissaient mais avaient également le pouvoir de l’éteindre…. En tant qu’élémentaux du feu, c’est-à-dire l’élément le plus élevé, le plus mystérieux et le plus difficile à contrôler, les salamandres sont aussi associées au feu philosophal des alchimistes ».


Xavier commence à comprendre le message mais cela lui donne la migraine. Il est temps d’aller dormir pour de bon.




Le lendemain, Xavier passe une journée de travail plutôt pénible, des idées obsédantes l’assaillent et il a un mal fou à se concentrer sur les dents de ses patients. Des gueules de dragons, les flammes en moins, pense-t-il, tout en réprimant un fou rire ! De temps en temps, il vérifie que le visage de Léonore n’apparaît pas en surimpression. Léonore, Léonore…


Le soir venu, il a la surprise de découvrir Léonore devant la porte de son cabinet.

- Alors, tu connais ton correspondant mystérieux d’hier au soir ?

- Je pense que oui, tu vois, et j’ai même une belle définition de l’amour et de la femme !

- Et c’est ?

- On n’y voit que du feu ! Et l’énigme fait cogiter bien du monde….

Céline Roumégoux 

Lire : Édouard Brasey, Enquête sur l'existence des fées et esprits de la nature. J'ai lu, collection "Aventure secrète", 1999.