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lundi 18 juin 2018

Plumes inventives

Plumes inventives




   

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Si vous aimez la poésie amoureuse


En librairie et sur le net dès le 1ier septembre 2016.

Edition Flammarion, collection Étonnants Classiques,

Auteur Céline Roumégoux. 




mercredi 22 novembre 2017

Le numéro de la discorde (historiette)

Le numéro de la discorde

Il était sorti très vite, le café tiède à peine avalé. L’air du matin l’avait happé. Le temps de traverser le jardin, une pluie brutale se mit à le cingler. Il venait de mettre le contact, quand ... il se souvint de “l’Oubli“.

Il se dirigea vers la maison. La clef si bruyante dans la serrure allait faire japper Mélinda. Cela réveillerait tout le monde. Cependant, la pluie tambourinait déjà contre les vitres, prélude du concert !
Il se mit à parler tout doucement à la chienne postée derrière la porte d’entrée, fit jouer la clef en douceur, tenta de contrôler l’inévitable grincement des gonds mal huilés.

Il avança sur la pointe des pieds, flattant d’une main le museau affectueux.

Où avait-il bien pu laisser ce papier avec ce numéro noté ?
Il refit son parcours habituel. Les toilettes : non ! La salle de bains : rien ! La cuisine : néant !
Dans le séjour, Marthe était en train de taper le 118, la tête pleine de questions et le papier posé près d'elle...




Il se figea sur place.

Céline Roumégoux

mercredi 27 septembre 2017

Trou de mémoire (poésie)



Trou de mémoire




Tu le savais bien et tu as tout oublié
Le nom de la petite rue du rendez-vous
La lumière de décembre sur le quartier
Les rires des enfants qui volaient sur leurs joues

Tu le savais bien et tu as tout dissipé
L’odeur des marrons au tournant du carrefour
La douceur du soir dans son grand voile doré
Les mots doux chuchotés débordant de «  toujours »

Tu le savais bien et tu as tout déchiré
Les lettres parfumées qui célébraient l’amour
Les billets tendres au creux des coussins délaissés
Les carnets griffonnés qui consignaient les jours

Envolés les serments passionnés d’autrefois
Effacés les paroles et les gestes adorés
Enfuie la tendresse des tout premiers émois
Tu le savais bien mais tu as tout oublié

Céline (septembre 2017)

mardi 2 mai 2017

Le Viol des colombes



Le Viol des colombes

La grande famille, René Magritte (1947-1963)

On ne se soucie pas de ces gens-là.

On n’ignore rien mais on n’en veut pas.

Elle a quinze ans et lui à peine dix.

Du  Pakistan ou de Persépolis,

D’Érythrée, de Somalie, de Syrie,

Ils ont cheminé, ils sont amaigris.



Plus de père, de mère, plus de frère,

Les yeux vides, pieds blessés et sans terre,

Ils se sont trouvés tout près de la mer.

La grande a pris la main du plus petit.

Ils ont sauté dans le canot maudit

Sans savoir, de la traversée, le prix.



La mer les a secoués bien trop fort.

Les hommes ont beaucoup comprimé leurs corps,

Ont voulu les jeter par-dessus bord.

La grande a protégé le plus petit.

Elle leur a dit : « Je le ferai, oui.

S’il le faut, je périrai avec lui. »



Ils ont échoué dans un beau pays,

L’initiateur de la démocratie,

S’ils peuvent croire ce qu’on leur a dit.

Mais on les a triés, parqués, reniés.

Le plus petit a protégé l’aînée

Quand les brutes ont voulu la violer.



Elle a quinze ans et lui à peine dix.

Du  Pakistan ou de Persépolis,

D’Érythrée, de Somalie, de Syrie,

Ils ont cheminé, ils sont amaigris.

On ne se soucie pas de ces gens-là.

On n’ignore rien mais on n’en veut pas.

Céline Roumégoux

vendredi 20 janvier 2017

Yes, we can !



Yes, we can !

- Pénurie générale ! Plus d’électricité, plus de gaz, plus de fuel ! 


- Heureusement, il y a encore de l’eau !


- Les récentes inondations ont rempli les nappes, mais elles sont contaminées.


- Par chance, on a encore de la javel et des filtres.


- L’inconvénient, c’est que l’eau n’est pas potable quand même.


- Pas grave, on peut la faire bouillir, avec des réchauds à gaz : il y a encore des réserves.


- Le problème c’est que les magasins ne sont plus approvisionnés et que tout est épuisé.


- Il reste le bois qu’il suffit d’aller ramasser dans les forêts. Ensuite, on bricole un foyer.


- En pleine campagne, c’est encore possible sinon comment le transporter ? De plus les forêts privées sont surveillées par des gardes armés.


- On a des réserves de vin, cela fera l’affaire en attendant.


- Dites cela aux bébés ! Et lavez-les au beaujolais !




- Vous avez réponse à tout, c’est désespérant ! Il suffit d’avoir de l’imagination et du courage et nous trouverons bien le moyen de survivre. Yes, we can, a dit le président noir.


- Il l’a dit, en effet, et à présent les Américains sont logés à la même enseigne que l’Europe, l’Afrique et tous les continents. C’est la fin, voyez-vous. Les loups vont se battre et se manger entre eux et les survivants devront tout recommencer à zéro ou presque.


- Vous êtes alarmiste et totalement négatif. Il ne faut pas baisser les bras. Nos parents ont connu la guerre et ils ont survécu.


- Sauf les morts sous les bombes et dans les camps ! Et vous oubliez que la terre entière n’était pas en guerre !


- On va s’organiser et partager ce qu’on a et inventer les moyens de continuer.


- Regardez ce qu’il se passe : c’est le pillage et le meurtre : la loi de la jungle. C’était prévisible, non ?


- On peut mettre hors d’état de nuire les brigands. Cela va être sanglant mais nécessaire dans l’intérêt général.


- Vous avez vu l’allure des brigands ? Des mères de famille affolées à l’idée de ne pas trouver de quoi faire vivre leurs enfants !


- D’accord, il va y avoir une période difficile. Le temps de tout mettre au point, de retrouver des gestes et des habitudes perdues mais on y arrivera ; il faut commencer tout de suite.



Et ils commencèrent, les hommes et les femmes de l’an neuf. Ils retroussèrent leurs manches. Ils transportèrent, à vélo, à brouette, à cheval, à chien, à âne, tout ce qu’ils pouvaient. Ils creusèrent pour dégager des sources. Ils plantèrent des choux et des raves. Ils élevèrent des poules et des lapins. Ils fabriquèrent des bougies avec du suif.



Ils étaient revenus cent ans en arrière !





Et si l’avenir c’était le passé avec les acquis du présent ?

Comment disais-tu, petit frère ? Ah oui, on s’en souvient : yes we can !

Céline (janvier 2009)

mercredi 12 octobre 2016

Esolune



La légende d’Esolune

C’était pendant la douceur d’une nuit étoilée. 



En ce temps-là, seules les étoiles brillaient dans la nuit. Il y a de cela bien longtemps, bien avant toute mémoire humaine. Sur la planète bleue, les esprits de la nature régnaient. Et la nuit était leur royaume. Depuis, on leur a donné des noms : fées, elfes, ondines, salamandre … Mais ils n’avaient nul besoin de noms pour se comprendre. Chacun avait son domaine : l’eau, la terre, l’air et le feu.

Cette fameuse nuit, on célébrait les noces mystiques d’un sylphe et d’une sylphide, génies de l’air. Tous étaient de la fête. On s’amusait à compter les étoiles pour prédire la descendance du couple aérien. Les fées, selon leur habitude, distribuaient des dons aux jeunes époux. La sylphide reçut celui de l’imagination et son mari, celui de la réalisation. Bien sûr, les jeunes mariés voulurent tout de suite essayer cette magie. Comme tous leurs amis étaient réunis en leur honneur, ils décidèrent de concevoir et de créer un prodige bénéfique pour tous.

- Que vous manque-t-il ? demanda la jeune mariée.
- Nous avons tout déjà ! répondirent les petits esprits de l’eau et de la terre. Nous avons bien œuvré pour embellir la nature. Nous avons aidé à tracer les rivières, à élever les montagnes, à répartir les mers, à faire pousser les forêts et les prairies.
- Nous, nous avons caché notre feu dans les volcans, précisèrent les esprits du feu.
- Et nous, nous avons agité le vent et déplacé les nuages, ajoutèrent les esprits de l’air.

Que désirer de plus, en effet, sur cette terre pure et vierge où tous s’ingéniaient à l’harmonie ?
- Moi, je trouve que la nuit est bien noire et que les étoiles sont bien loin et si petites, osa dire une elfe adolescente.
- Oh, c’est vrai, répondit une salamandre, c’est pourquoi, parfois, nous laissons jaillir le feu de nos volcans la nuit pour l’illuminer un peu.
- Ce qui serait bien, ce serait d’ajouter un luminaire au ciel, un bien gros et plus près de nous, suggéra un lutin.
-  Ne pensez-vous pas que cela serait gênant ? Nous serions toujours éclairés, remarqua une ondine.
- Pour contenter tout le monde, proposa le jeune époux, nous pourrions faire une lumière variable : elle augmenterait et diminuerait et même s’éteindrait quelque temps pour le repos de tous.
- Dis donc, toi, c’est à moi d’imaginer ! Toi, tu dois réaliser mes plans, c’est bien ce qu’ont dit les fées, non ? s’insurgea en souriant la sylphide.
- D’accord, alors propose donc, ma reine, et j’exécuterai car tes désirs sont des ordres, répliqua malicieusement le sylphe.

Comment imaginer une lumière variable qui puisse plaire à tous. Il fallait qu’elle soit belle, pas trop forte et utile à la nature. La sylphide pensait aussi qu’elle devait être le résultat de l’action de tous ses petits compagnons, leur enfant  commun en quelque sorte.
Alors, elle traça sur le sol avec une branche toute une série de figures. Chacun se penchait pour approuver les formes, les faire modifier. Cela dura une bonne partie de la nuit.
Au matin, tous étaient bien épuisés et rien n’avait été fait.

Dans la journée, la sylphide avait fureté partout en quête d’idées, consulté les petits animaux qui étaient toujours très créatifs. Elle était bien perplexe, désireuse pourtant de bien faire et impatiente de proposer un beau projet. Comme elle était assise, méditative, elle vit briller sur le sol quelque chose de clair, d’opalescent. Elle s’en saisit. C’était parfaitement rond et doux. Tout à côté, d’autres fragments de la même matière, avec des formes étranges : des arcs de cercles de tailles différentes qui croissaient et décroissaient très précisément.
- Qu’est-ce que cela peut-il être ? se demanda-t-elle, c’est sûrement l’œuvre des génies de la terre !
- Pssst ! Pas si vite ! l’interrompit un génie du feu qui passait par là et avait lu dans ses pensées. Nous aussi, nous avons contribué à créer ce que tu contemples, mais avec l’aide de tes frères des airs, de l’eau et de la terre. Vois-tu, nous avons nommé cette pierre « opale céleste » et elle est comme notre enfant à tous ! Elle n’a d’autre fonction que d’embellir notre planète.
- Oh ! Je te remercie pour cette information, dit doucement la fille de l’air, tu viens de me donner une belle idée !



Bien vite, elle courut vers son jeune époux, les mains chargées de ces fragments célestes et lui décrivit son plan …


C’est pourquoi, depuis, on vit dans la nuit, briller au milieu des étoiles, un nouveau luminaire bien rond, diffusant une douce clarté. La pierre céleste avait été transformée en planète satellite de la terre Au fil des nuits, le disque magique croissait et décroissait. Comme il était malicieux et qu’il savait que plus tard les hommes inventeraient les lettres, il s’était amusé à les tromper à l’avance. Quand son croissant était en forme de D, il était en train de croître et quand il affichait un C, il était en phase de décroissance. C’est pour cette raison que les hommes disent que la lune est menteuse ! C’est le nom qu’ils ont donné au luminaire imaginé et créé par le couple de sylphes.

Depuis, en souvenir de cette belle invention, les opales célestes qui ont servi de modèles à l’astre des nuits continuent à fasciner les humains qui les appellent « pierres de lune ». Elles sont dotées de vertus bénéfiques. Elles développent l’intuition et l’imagination, favorisent les rêves prémonitoires. Surtout, elles  sont favorables aux femmes et les aident dans les étapes de leur féminité : puberté, grossesse, ménopause.



Quant à l’astucieuse sylphide qui a enchanté nos nuits, elle est connue désormais sous le nom d’Esolune.

Céline (novembre 2011)