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dimanche 18 juin 2017

Plumes inventives

Plumes inventives




   

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Si vous aimez la poésie amoureuse


En librairie et sur le net dès le 1ier septembre 2016.

Edition Flammarion, collection Étonnants Classiques,

Auteur Céline Roumégoux. 




mardi 2 mai 2017

Le Viol des colombes



Le Viol des colombes

La grande famille, René Magritte (1947-1963)

On ne se soucie pas de ces gens-là.

On n’ignore rien mais on n’en veut pas.

Elle a quinze ans et lui à peine dix.

Du  Pakistan ou de Persépolis,

D’Érythrée, de Somalie, de Syrie,

Ils ont cheminé, ils sont amaigris.



Plus de père, de mère, plus de frère,

Les yeux vides, pieds blessés et sans terre,

Ils se sont trouvés tout près de la mer.

La grande a pris la main du plus petit.

Ils ont sauté dans le canot maudit

Sans savoir, de la traversée, le prix.



La mer les a secoués bien trop fort.

Les hommes ont beaucoup comprimé leurs corps,

Ont voulu les jeter par-dessus bord.

La grande a protégé le plus petit.

Elle leur a dit : « Je le ferai, oui.

S’il le faut, je périrai avec lui. »



Ils ont échoué dans un beau pays,

L’initiateur de la démocratie,

S’ils peuvent croire ce qu’on leur a dit.

Mais on les a triés, parqués, reniés.

Le plus petit a protégé l’aînée

Quand les brutes ont voulu la violer.



Elle a quinze ans et lui à peine dix.

Du  Pakistan ou de Persépolis,

D’Érythrée, de Somalie, de Syrie,

Ils ont cheminé, ils sont amaigris.

On ne se soucie pas de ces gens-là.

On n’ignore rien mais on n’en veut pas.

Céline Roumégoux

vendredi 20 janvier 2017

Yes, we can !



Yes, we can !

- Pénurie générale ! Plus d’électricité, plus de gaz, plus de fuel ! 


- Heureusement, il y a encore de l’eau !


- Les récentes inondations ont rempli les nappes, mais elles sont contaminées.


- Par chance, on a encore de la javel et des filtres.


- L’inconvénient, c’est que l’eau n’est pas potable quand même.


- Pas grave, on peut la faire bouillir, avec des réchauds à gaz : il y a encore des réserves.


- Le problème c’est que les magasins ne sont plus approvisionnés et que tout est épuisé.


- Il reste le bois qu’il suffit d’aller ramasser dans les forêts. Ensuite, on bricole un foyer.


- En pleine campagne, c’est encore possible sinon comment le transporter ? De plus les forêts privées sont surveillées par des gardes armés.


- On a des réserves de vin, cela fera l’affaire en attendant.


- Dites cela aux bébés ! Et lavez-les au beaujolais !




- Vous avez réponse à tout, c’est désespérant ! Il suffit d’avoir de l’imagination et du courage et nous trouverons bien le moyen de survivre. Yes, we can, a dit le président noir.


- Il l’a dit, en effet, et à présent les Américains sont logés à la même enseigne que l’Europe, l’Afrique et tous les continents. C’est la fin, voyez-vous. Les loups vont se battre et se manger entre eux et les survivants devront tout recommencer à zéro ou presque.


- Vous êtes alarmiste et totalement négatif. Il ne faut pas baisser les bras. Nos parents ont connu la guerre et ils ont survécu.


- Sauf les morts sous les bombes et dans les camps ! Et vous oubliez que la terre entière n’était pas en guerre !


- On va s’organiser et partager ce qu’on a et inventer les moyens de continuer.


- Regardez ce qu’il se passe : c’est le pillage et le meurtre : la loi de la jungle. C’était prévisible, non ?


- On peut mettre hors d’état de nuire les brigands. Cela va être sanglant mais nécessaire dans l’intérêt général.


- Vous avez vu l’allure des brigands ? Des mères de famille affolées à l’idée de ne pas trouver de quoi faire vivre leurs enfants !


- D’accord, il va y avoir une période difficile. Le temps de tout mettre au point, de retrouver des gestes et des habitudes perdues mais on y arrivera ; il faut commencer tout de suite.



Et ils commencèrent, les hommes et les femmes de l’an neuf. Ils retroussèrent leurs manches. Ils transportèrent, à vélo, à brouette, à cheval, à chien, à âne, tout ce qu’ils pouvaient. Ils creusèrent pour dégager des sources. Ils plantèrent des choux et des raves. Ils élevèrent des poules et des lapins. Ils fabriquèrent des bougies avec du suif.



Ils étaient revenus cent ans en arrière !





Et si l’avenir c’était le passé avec les acquis du présent ?

Comment disais-tu, petit frère ? Ah oui, on s’en souvient : yes we can !

Céline (janvier 2009)

mercredi 12 octobre 2016

Esolune



La légende d’Esolune

C’était pendant la douceur d’une nuit étoilée. 



En ce temps-là, seules les étoiles brillaient dans la nuit. Il y a de cela bien longtemps, bien avant toute mémoire humaine. Sur la planète bleue, les esprits de la nature régnaient. Et la nuit était leur royaume. Depuis, on leur a donné des noms : fées, elfes, ondines, salamandre … Mais ils n’avaient nul besoin de noms pour se comprendre. Chacun avait son domaine : l’eau, la terre, l’air et le feu.

Cette fameuse nuit, on célébrait les noces mystiques d’un sylphe et d’une sylphide, génies de l’air. Tous étaient de la fête. On s’amusait à compter les étoiles pour prédire la descendance du couple aérien. Les fées, selon leur habitude, distribuaient des dons aux jeunes époux. La sylphide reçut celui de l’imagination et son mari, celui de la réalisation. Bien sûr, les jeunes mariés voulurent tout de suite essayer cette magie. Comme tous leurs amis étaient réunis en leur honneur, ils décidèrent de concevoir et de créer un prodige bénéfique pour tous.

- Que vous manque-t-il ? demanda la jeune mariée.
- Nous avons tout déjà ! répondirent les petits esprits de l’eau et de la terre. Nous avons bien œuvré pour embellir la nature. Nous avons aidé à tracer les rivières, à élever les montagnes, à répartir les mers, à faire pousser les forêts et les prairies.
- Nous, nous avons caché notre feu dans les volcans, précisèrent les esprits du feu.
- Et nous, nous avons agité le vent et déplacé les nuages, ajoutèrent les esprits de l’air.

Que désirer de plus, en effet, sur cette terre pure et vierge où tous s’ingéniaient à l’harmonie ?
- Moi, je trouve que la nuit est bien noire et que les étoiles sont bien loin et si petites, osa dire une elfe adolescente.
- Oh, c’est vrai, répondit une salamandre, c’est pourquoi, parfois, nous laissons jaillir le feu de nos volcans la nuit pour l’illuminer un peu.
- Ce qui serait bien, ce serait d’ajouter un luminaire au ciel, un bien gros et plus près de nous, suggéra un lutin.
-  Ne pensez-vous pas que cela serait gênant ? Nous serions toujours éclairés, remarqua une ondine.
- Pour contenter tout le monde, proposa le jeune époux, nous pourrions faire une lumière variable : elle augmenterait et diminuerait et même s’éteindrait quelque temps pour le repos de tous.
- Dis donc, toi, c’est à moi d’imaginer ! Toi, tu dois réaliser mes plans, c’est bien ce qu’ont dit les fées, non ? s’insurgea en souriant la sylphide.
- D’accord, alors propose donc, ma reine, et j’exécuterai car tes désirs sont des ordres, répliqua malicieusement le sylphe.

Comment imaginer une lumière variable qui puisse plaire à tous. Il fallait qu’elle soit belle, pas trop forte et utile à la nature. La sylphide pensait aussi qu’elle devait être le résultat de l’action de tous ses petits compagnons, leur enfant  commun en quelque sorte.
Alors, elle traça sur le sol avec une branche toute une série de figures. Chacun se penchait pour approuver les formes, les faire modifier. Cela dura une bonne partie de la nuit.
Au matin, tous étaient bien épuisés et rien n’avait été fait.

Dans la journée, la sylphide avait fureté partout en quête d’idées, consulté les petits animaux qui étaient toujours très créatifs. Elle était bien perplexe, désireuse pourtant de bien faire et impatiente de proposer un beau projet. Comme elle était assise, méditative, elle vit briller sur le sol quelque chose de clair, d’opalescent. Elle s’en saisit. C’était parfaitement rond et doux. Tout à côté, d’autres fragments de la même matière, avec des formes étranges : des arcs de cercles de tailles différentes qui croissaient et décroissaient très précisément.
- Qu’est-ce que cela peut-il être ? se demanda-t-elle, c’est sûrement l’œuvre des génies de la terre !
- Pssst ! Pas si vite ! l’interrompit un génie du feu qui passait par là et avait lu dans ses pensées. Nous aussi, nous avons contribué à créer ce que tu contemples, mais avec l’aide de tes frères des airs, de l’eau et de la terre. Vois-tu, nous avons nommé cette pierre « opale céleste » et elle est comme notre enfant à tous ! Elle n’a d’autre fonction que d’embellir notre planète.
- Oh ! Je te remercie pour cette information, dit doucement la fille de l’air, tu viens de me donner une belle idée !



Bien vite, elle courut vers son jeune époux, les mains chargées de ces fragments célestes et lui décrivit son plan …


C’est pourquoi, depuis, on vit dans la nuit, briller au milieu des étoiles, un nouveau luminaire bien rond, diffusant une douce clarté. La pierre céleste avait été transformée en planète satellite de la terre Au fil des nuits, le disque magique croissait et décroissait. Comme il était malicieux et qu’il savait que plus tard les hommes inventeraient les lettres, il s’était amusé à les tromper à l’avance. Quand son croissant était en forme de D, il était en train de croître et quand il affichait un C, il était en phase de décroissance. C’est pour cette raison que les hommes disent que la lune est menteuse ! C’est le nom qu’ils ont donné au luminaire imaginé et créé par le couple de sylphes.

Depuis, en souvenir de cette belle invention, les opales célestes qui ont servi de modèles à l’astre des nuits continuent à fasciner les humains qui les appellent « pierres de lune ». Elles sont dotées de vertus bénéfiques. Elles développent l’intuition et l’imagination, favorisent les rêves prémonitoires. Surtout, elles  sont favorables aux femmes et les aident dans les étapes de leur féminité : puberté, grossesse, ménopause.



Quant à l’astucieuse sylphide qui a enchanté nos nuits, elle est connue désormais sous le nom d’Esolune.

Céline (novembre 2011)

mardi 11 octobre 2016

Le délice d'attendre



Le rendez-vous attendu

C’est quatre heures de l’après-midi. Postée derrière la vitrine de la mercerie-bonneterie, je guette son arrivée.




Les clientes bourdonnent devant les présentoirs de boutons.
- Ceux-ci sont trop ronds, vous n’auriez pas des formes ovales pour la robe que je confectionne, ce serait plus original !
Maman, avec son bon sourire, tire les boîtes des rayonnages, expose des cartons où sont cousus tous les modèles de boutons : des nacrés, des imitations bois, des ronds, des carrés … Et ça cancane, ça ergote, ça arrache des cartons et ça laisse. Oui, j’aurai encore à recoudre ces sacrés boutons ou à les disposer dans des petits sachets transparents par ordre de taille ou de forme ou de couleurs. Je suis préposée aux boutons depuis que je sais ranger les choses. Mais pas question de leur faire des sourires à toutes ces couturières d’occasion ! Ah, non ! A cause de ces « catolles », pas moyen d’avoir maman à moi toute seule !
Il y a du retard, aujourd’hui.
L’avenue est luisante de chaud. Les dauphines klaxonnent gaiement. Les robes d’été toutes bouffantes s’ébrouent sur le trottoir. Cela fait bien une heure que la cliente « ovale » chipote sur les fournitures de sa robe problématique. Finalement, elle demande que maman lui mesure cinquante centimètres de guipure. Impassible et bienveillante, ma mercière préférée s’exécute.
Il est près de cinq heures et toujours rien !
La sonnette stridente retentit quand je passe la porte de la boutique. Sous la « tente » rayée orange et marron, la touffeur est à son comble mais les vitrines sont protégées du rayonnement du soleil. Je m’avance au bord du trottoir et scrute l’avenue.
Le vide !
Je déteste rester ainsi, les bras ballants, devant le magasin. Gérard, le fils du droguiste voisin ne va pas tarder à me repérer et à venir faire les gros bras. Il s’imagine qu’il peut m’épater, ce gros lourdaud !
Maman reconduit sa cliente, ravie de son acquisition d’un demi mètre, fruit de bien des tergiversations.
- Tu vas prendre chaud, ma chérie !
J’ai toujours été sage et obéissante, alors, je rentre.

Ma technique risque de s’émousser : je le vois bien dans les yeux rieurs et indulgents de maman. Il faut que je trouve un prétexte pour rester dans la boutique. Je range donc les boutons, remets le mètre de bois à sa place et surveille discrètement l’extérieur.
- Tu ne prends pas ton goûter ?
Si, bien sûr, je vais le déguster. Des tartines de bon pain, finement beurrées avec des copeaux de chocolat faits au couteau. Un plaisir ! Avec un grand verre de lait. Mais il faut aller à la cave, où le beurre et le lait sont au frais. Et pendant ce temps, je risque de manquer mon rendez-vous !

Ah ! Voilà !

La petite voiture blanche à bras approche. C’est instantané, pavlovien, une montée de salive m’envahit la bouche. Une des vitrines requiert soudain toute mon attention : redresser un présentoir de chapeaux, tapoter une blouse d’été à la poitrine de papier chiffon. Et voilà la dame italienne, courte et ronde, qui trottine derrière sa carriole de bois peinte en blanc, avec sa tonnelle, et ses cornets à une boule bien encastrés les uns dans les autres !




Déjà, la petite voiture dépasse la boutique : pas d’amateurs pour l’arrêter !
Je prends un air désespéré et glisse un regard en coulisse vers maman qui n’a rien perdu de mon manège. Pour rien au monde, je ne réclamerais cette glace à la vanille de mes rêves ! Cela ne se fait pas !
- Veux-tu une glace, ma fille ?
Cette question oratoire fait partie du jeu. Maman me la pose un jour sur deux, car il ne faut pas satisfaire les caprices des enfants tous les jours. C’est ainsi, il faut apprendre à contrôler ses envies.
Maman ouvre son tiroir-caisse et me tend les trente centimes. Je la remercie et, sans courir, je sors pour arrêter mon délice ambulant.

Le goût de cette glace-là ! Vous n’avez pas idée ! Faite maison, avec du vrai lait, pas du tout écrémé, et de la vanille en bâton. Le système de réfrigération est à l’ancienne, avec des pains de glace, la fabrication aussi. Madame Rita prend son temps pour soulever le couvercle de fer et ça fume de froid et elle plonge sa grande cuiller au fond de ce trésor glacé et j’ai les papilles en feu ! Elle applique la masse crémeuse et dorée délicatement dans le cornet et en rajoute une petite dose qu’elle maçonne avec application sur les côtés de la fragile pyramide gourmande.
- Tiens, ma jolie, tu es bien servie !
Je rapporte prestement ma glace mais ne peux réprimer un coup de langue pour éviter une coulure sur le cornet. On ne lèche pas une glace en public quand on est une jeune fille éduquée, ce sont les Jésuites qui me l’ont recommandé à la pension !

Miam … surtout faire durer le plaisir … procéder par petites touches régulières et circulaires, façonner le monument de glace, avaler à doses infimes et croquer le cornet en biscuit jusqu’au fond où se réfugie toujours un petit supplément crémeux.
Quand je serai grande, j’achèterai des tonnes de glace et je n’attendrai plus et je ne demanderai rien à personne !

J’ai été grande et j’ai acheté un litre de glace à la vanille : je n’ai pas pu finir. Ce n’était plus la glace de Rita qui avait le goût de l’enfance, de la petite mercerie et de maman avec son bon sourire.

Céline (juin 2005)